Peut-on être féministe et aimer la télé-réalité ?

Des candidats systématiquement tournés en idiots en plus d’être les proies des « jaguars » (candidats masculins séducteurs), des corps féminins aux attributs sexuels augmentés, la famille nucléaire présentée comme unique se…

Depuis “Loft Story”, les émissions de télé-réalité telles que “Les Anges”, “Les Marseillais” et “La Villa des cœurs brisés” véhiculent toutes une image des femmes réactionnaire et sexiste. Durant le premier confinement de mars 2020, les épisodes des “Marseillais” ont été suivis par 740 000 spectateurs en moyenne, dont une majorité de femmes – cible numéro 1 de ces programmes – et parmi elles, des militantes féministes.

Capture d’écran via 6play

Se délecter des ragots qui animent la villa, suivre assidûment les histoires d’amour des candidats, de leur “pré-couple” à leur séparation sur fond de tromperie et se battre quotidiennement contre le patriaroxal peutler. Mais quel regard a porté sur les spectatrices féministes sur ces programmes qui se révèlent à l’opposé de leurs combats ?

Le sexisme n’est pas propre à la télé-réalité et faire porter toutes les tares à ce genre télévisuel de la culture de masse relèverait d’abord du mépris de classe. Il est toutefois difficile de ne pas percevoir la violence et la misogynie qui se dégagent de nombreuses situations tant ces scènes sont devenues le sel de la télé-réalité, et de ne pas remarquer le regard masculin des qui qui en condition masculine

“Il de regarder quelques secondes des “Anges” ou des “Marseillais” pour voir à quel point les corps féminins suffisent sont exposés à la caméra et, textile en définitive, plus nus que nus tant les excès d’une écon incon surabondances chirurgicales s’y conjugue», constate l’essayiste féministe Valérie Rey-Robert dans son ouvrage Téléréalité – La fabrique du sexismequi sort le 13 avril aux éditions Les Insolents.

“Ce qui est intéressant dans la télé-réalité, c’est que l’on accepte d’être dupe.”

Valérie Rey-Robert, autrice de Téléréalité – la fabrique du sexisme

C’est d’ailleurs en partie parce que ce sexisme est si évident qu’Aude, 25 ans, se laisse happer par son écran : « La télé-réalité est hardcore mais au moins il n’y a aucun pinkwashing. Les injonctions faites aux hommes et aux femmes sont hyper frontales, on ne fait pas semblant d’être féministe. On retrouve le même sexisme dans plein de films et de séries mais il est souvent plus caché, plus pervers. Là au moins, je sais ce que je regarde.

Lecture consciente et fausse naïveté

Avec l’éveil au féminisme et la déconstruction des schémas patriarcaux dans lesquels on a grandi, c’est bien souvent toute sa grille de lecture qui s’étend pour prendre conscience des ordonnances et de leurs mécanismes. Une grille de lecture conscientisée qui n’exclut pas des productions comme la “JLC Family” ou “Les Marseillais vs Le reste du monde”, selon ce que rapportent toutes les personnes sondées pour cet article.

« J’ai conscience du regard masculin, des rapports hétéropatriarcaux, des castings pas inclusifs, et je sais que ça perpétue un regard hyper genré et malsain sur les femmes. Je suis un peu tiraillée, ça représente ce que je dénonce mais j’adore ça…», raconte Tanita, étudiante en journalisme. De son côté, c’est durant l’oisiveté du premier confinement qu’Ana s’est plongée dans des programmes de télé-réalité, pour ne plus en décrocher. “Je vois tous les comportements problématiques et c’est sûr que quelques fois je me dis “aïe”, mais je regarde ça pour mettre mon cerveau de côté.

Capture d’écran via 6play

Entre les intrigues de couple répétitives, les clashs qui font monter les décibels et les personnages stéréotypés incarnés par les candidats, le public se sait face à des programmes scénarisés. Selon Valérie Rey-Robert, c’est justement cette conscience qui participe au lâcher-prise. «Ce qui est intéressant dans la télé-réalité, c’est que l’on accepte d’être dupe. Des adolescents le verraient peut-être moins, mais nous savions que les épisodes étaient montés, que les histoires étaient arrangées, et on acceptait l’espace d’un instant de faire comme si c’vrai», détaille l’essayiste.

Le #MeToo éclair de la télé-réalité

Mais lorsque l’on aborde les violences et agressions sexuelles internes au milieu, qui sont elles bien réelles, nombreuses sont celles à ne plus mettre d’œillères. « Un candidat a été call out après avoir été accusé d’agressions sexuelles et depuis je ne regarde aucun de ses contenus, j’ai mes limites. Quand ça touche à des choses aussi importantes, je bloque»poursuit Ana.

En novembre 2021, le candidat Illan Castronovo était effectivement accusé par plusieurs femmes, dont Alix Desmoineaux, de harcèlement, d’agressions sexuelles et d’exhibitionnisme. Un peu plus tôt dans l’année, quatre candidats appelaient au boycotter «Vacances des Anges 4»dénonçant le harcèlement de certains candidats et de la production.

“En France, il faudra tout arrêter et recommencer à zéro.”

Constance Vilanova, journaliste

Consciente de l’hermétisme du milieu à la libération de la parole, la journaliste Constance Vilanova a mis en lumière l’affaire Illan Castronovo en portant la voix d’Alix Desmoineaux. Retombé aussi vite qu’il a émergé, le #MeToo de la télé-réalité en est finalement resté au stade d’embryon et fut même traité comme un banal ragot par certains candidats.

« Ça n’a eu aucun impact, la production a diffusé « Les Princes et les princesses de l’amour » avec Illan en tête d’affiche et a continué à mettre un agresseur sexuel à l’écran, se souvient la journaliste, elle-même accro à de nombreuses émissions de télé-réalité. «Je regarde le programme chaque année mais cette fois je n’ai pas regardé la neuvième saison… Mais je me rattrape avec “10 Couples parfaits.”»

Des filles, des mecs et une villa pour lâcher-prise

Selon Constance Vilanova, voir débarquer des programmes libérés des schémas patriarcaux et d’un sexisme intégré sur le petit écran français est difficilement envisageable tant ceux-ci partent de loin. « La télé-réalité américaine « Twenty Somethings Austin » m’a surprise, ça reste casté, scénarisé et il y a des erreurs, mais c’est vachement plus représentatif. C’est moins blanc, moins hétéro, moins patriarcal, le quarterback chiale dans les bras du mec homo… En France, il faudrait tout arrêter et recommencer à zéro.

La faute, sans doute, aux mimes chaînes, aux mimes équipes de production et aux mimes candidats qui de programme en programme et sont recyclés jusqu’à l’usure. Des show plus inclusifs et progressistes ne feraient pas de mal au genre télévisuel et peut-être plus que bienvenus.

Le casting des «Marseillais au Mexique» | Capture d’écran du site 6play.fr

Pour autant, la télévision ne doit pas nécessairement élever intellectuellement celui qui la regarde, ni nourrir chaque jour ses convictions. «Quand on est féministe, certains vont s’étonner qu’on s’épile, qu’on regarde ces programmes… Non seulement on prend conscience d’évoluer dans une société patriarcale qui nous écrase mais en plus on devre unecroix faire trucs qu’ on kiffe, puisque tout est sous le prisme du patriarcat», déballe Aude.

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À l’abri des combats au militants qu’elle porte au quotidien, enroulée dans un plaid ou au fond de sa couette, c’est bien devant «La Villa des cœurs brisés» que Lucie trouve du réconfort. « Ça me touche, c’est un peu la honte mais j’ai déjà pleuré devant un coaching de Lucie [qui conseille les candidats sur leurs relations amoureuses, ndlr]. Je sais que c’est joué et scénarisé, mais je crois que je me reconnais dans leurs problèmes. Certains préfèrent les comédies romantiques ou les teens movies, à chacun son doudou télévisuel.

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